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La réforme des retraites percute le régime des fonctionnaires et nécessite un big bang salarial

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lundi 10 février 2020

La mise en place du système universel de retraite impliquera une refonte des rémunérations des agents publics en particuliers pour tous ceux dont les primes sont faibles ou inexistantes.

Lire la nouvelle tribune du Secrétaire Général de l’UNSA Fonction Publique publiée par le Huffpost.

La réforme des retrai­tes va-t-elle obli­ger les pou­voirs publics à modi­fier for­te­ment les sché­mas de rému­né­ra­tion des agents publics ? Les gran­des lignes de la réforme ins­ti­tuant un sys­tème uni­ver­sel de retrai­tes sont tra­cées par le gou­ver­ne­ment. Le débat par­le­men­taire en pré­ci­sera les contours. Le nou­veau dis­po­si­tif devrait s’appli­quer à partir de la géné­ra­tion née en 1975.

Les grands prin­ci­pes et les prin­ci­paux objec­tifs sont affi­chés depuis le débat de l’élection pré­si­den­tielle de 2017 : un euro cotisé ouvrira les mêmes droits pour tous, plus de jus­tice, un sys­tème sim­pli­fié, l’amé­lio­ra­tion des peti­tes pen­sions ou de la retraite des femmes. Je ne dis­cu­te­rai pas le bien-fondé ni de ces prin­ci­pes qui ren­contrent les aspi­ra­tions de chacun, ni de savoir si un régime par points permet d’attein­dre ces objec­tifs ou conduit à une baisse des pen­sions. L’his­toire des régi­mes de retraite nous montre qu’une baisse est tou­jours pos­si­ble quel que soit le sys­tème ins­ti­tué. Je me limi­te­rai à obser­ver l’appli­ca­tion de ces prin­ci­pes aux plus de cinq mil­lions d’agents publics.

En effet, cette réforme des retrai­tes concer­nera par­ti­cu­liè­re­ment les fonc­tion­nai­res car elle per­cute com­plè­te­ment les règles actuel­les de calcul des pen­sions. Calculer la retraite sur les six der­niers mois d’une car­rière pro­gres­sive est bien dif­fé­rent d’un calcul sur chaque euro cotisé tout au long de sa vie pro­fes­sion­nelle.

Pour de nom­breux fonc­tion­nai­res, la rému­né­ra­tion est cons­ti­tuée d’une part impor­tante de primes ou d’indem­ni­tés jusque-là peu prises en compte pour la retraite. Elles seront à l’avenir toutes comp­ta­bi­li­sées mais seront toutes sou­mi­ses à coti­sa­tions. Pour ces fonc­tion­nai­res, le nou­veau sys­tème devrait leur garan­tir soit un niveau de pen­sion équivalent soit légè­re­ment supé­rieur au niveau actuel mais au prix d’une baisse de leur pou­voir d’achat.

En revan­che, pour tous ceux dont les primes et indem­ni­tés sont fai­bles voire inexis­tan­tes, je demande, avec l’UNSA, de revi­si­ter tous les cons­ti­tuants de leur rému­né­ra­tion et d’ins­crire cette dis­po­si­tion dans la loi. Il s’agit non seu­le­ment de modi­fier la rému­né­ra­tion des ensei­gnants mais aussi de tous ceux qui, pour une raison ou une autre, ne tou­chent pas ou peu de primes. Je pense spé­ci­fi­que­ment aux agents de caté­go­ries C et B, qu’ils exer­cent dans les ser­vi­ces et admi­nis­tra­tion de l’État, dans une col­lec­ti­vité ter­ri­to­riale, dans un hôpi­tal ou un Ehpad.

C’est un chan­tier exi­geant mais indis­pen­sa­ble si la société sou­haite conser­ver une fonc­tion publi­que reconnue et attrac­tive.

Jusque-là, de nom­breux fonc­tion­nai­res ont accepté le contrat moral passé avec la société fran­çaise et les employeurs publics : être moins rému­né­rés à for­ma­tion égale, au début de leur car­rière, en contre­par­tie d’une retraite équivalente à celle des sala­riés du sec­teur privé.

Demain, ce contrat social sera bous­culé.

J’appelle, d’ores et déjà, tous les élus, tous les maires, tous les employeurs hos­pi­ta­liers et l’État à reconsi­dé­rer la rému­né­ra­tion de leurs agents.
Aucun employeur ne pourra igno­rer la néces­sité de servir à ses agents les indem­ni­tés et les primes qui pro­té­ge­ront leur futur niveau de pen­sion. De plus, il est urgent de reve­nir rapi­de­ment à une pro­gres­sion régu­lière de la valeur du point d’indice pour tous les agents publics, contrac­tuels, ouvriers d’État et fonc­tion­nai­res.

Les débuts de car­riè­res doi­vent enfin être for­te­ment reva­lo­ri­sés pour que la fonc­tion publi­que puisse rester attrac­tive et rete­nir l’atten­tion des jeunes dans un contexte où les dif­fé­ren­ces entre le sec­teur privé et le sec­teur public s’ame­nui­sent. Il ne faut pas que le niveau des retrai­tes futu­res devienne une fai­blesse du sec­teur public.

Dans les cinq pro­chai­nes années, les employeurs publics devront pren­dre le temps de revoir leur poli­ti­que sala­riale.


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