Mégafeux : moins de discours, plus de moyens pour les sapeurs pompiers
Cet été encore, les sapeurs-pompiers ont été engagés sur tous les fronts. Ils ont répondu présents. Mais derrière les images spectaculaires, une réalité s’impose : notre modèle de sécurité civile atteint ses limites.
Les sapeurs-pompiers alertent depuis longtemps. Désormais, ils entendent être entendus.
Ne pas oublier les victimes
Avant de parler de revendications, de moyens ou de mobilisation, il faut penser à celles et ceux qui ont payé le lourd prix de leur engagement. Cet été, plusieurs sapeurs-pompiers ont perdu la vie, d’autres ont été blessés, parfois gravement, et beaucoup ont été exposés massivement aux fumées et aux produits toxiques de combustion. À leurs familles, à leurs proches, à leurs collègues et à tous ceux qui ont été touchés, l’UNSA adresse son profond respect. Ces drames rappellent qu’à chaque intervention, derrière chaque uniforme, il y a une femme ou un homme qui prend des risques pour protéger les autres.
Un risque qui concerne tout le territoire
Il faut abandonner l’idée selon laquelle les grands feux de forêt seraient une problématique limitée au sud de la France. Les incendies de grande ampleur peuvent désormais toucher l’ensemble du territoire national. Les évolutions climatiques, les sécheresses, les fortes chaleurs, les phénomènes météorologiques extrêmes et la vulnérabilité croissante des territoires modifient profondément la géographie du risque. Le feu n’a plus de frontière départementale.
Et pendant que les sapeurs-pompiers combattent un mégafeu, les secours du quotidien continuent : accidents de la route, malaises, incendies, secours à personne, interventions diverses. Notre système doit désormais pouvoir répondre simultanément à l’urgence courante et à des événements exceptionnels dont la fréquence et l’intensité augmentent.
Une chaîne de secours mobilisée, mais fragilisée
L’UNSA rend hommage aux sapeurs-pompiers professionnels et volontaires mobilisés parfois jour et nuit, ainsi qu’aux personnels administratifs, techniques et spécialisés (PATS), aux forces de sécurité intérieure, à l’ONF, aux agriculteurs, aux sylviculteurs, aux bénévoles, aux élus et à toutes celles et ceux qui ont contribué à protéger les populations, les territoires et les massifs forestiers. Cette mobilisation démontre la force de la communauté française de sécurité civile, mais aussi ses fragilités.
Des moyens insuffisants face à des risques croissants
Cet été a une nouvelle fois mis en évidence des insuffisances préoccupantes, notamment concernant les moyens aériens et les capacités terrestres. Les camions-citernes feux de forêt sont indispensables, les moyens aériens essentiels pour freiner la propagation des incendies, mais aucun matériel ne peut se substituer durablement aux femmes et aux hommes qui les mettent en œuvre. Lorsque les risques augmentent, les moyens doivent augmenter eux aussi.
La société ne peut pas demander aux SDIS de faire face à des feux toujours plus puissants avec des capacités dimensionnées pour une époque révolue. Le financement de la sécurité civile doit être pensé à partir du risque réel, et non des seules contraintes budgétaires du moment.
Protéger ceux qui protègent
La question des équipements de protection ne peut non plus être reléguée au second plan. Les sapeurs-pompiers sont quotidiennement exposés aux fumées, aux produits de combustion et à de multiples substances dangereuses. Pourtant, la protection respiratoire, la prévention des expositions et l’ensemble des équipements de protection individuelle restent trop souvent insuffisants. Renforcer les protections, assurer la traçabilité des expositions, améliorer la décontamination, garantir un véritable suivi sanitaire et reconnaître pleinement les maladies professionnelles liées aux risques du métier sont des revendications centrales.
Dire la vérité et réformer en profondeur
Le décalage entre la réalité du terrain et les réponses apportées par le Gouvernement alimente la colère. Pendant que l’on parle, les sapeurs-pompiers interviennent. Pendant que l’on promet des réflexions, les sapeurs-pompiers prennent des risques qui augmentent. Tout au long de l’été, les représentants nationaux de l’UNSA Sapeurs-Pompiers ont porté un message simple : il faut dire la vérité sur l’état de notre sécurité civile. Lorsque les effectifs sont insuffisants, que les moyens matériels ne suivent pas, que les personnels sont épuisés et que les capacités opérationnelles arrivent à saturation, c’est la capacité de la France à protéger ses citoyens qui est en jeu.
La réforme doit commencer par un financement à la hauteur des missions confiées aux SDIS et des risques auxquels ils sont confrontés. Elle doit aussi passer par un recrutement massif de sapeurs-pompiers professionnels, une revalorisation réelle des rémunérations, une augmentation du point d’indice et de la prime de feux, une filière professionnelle plus juste et plus attractive, une reconnaissance statutaire à la hauteur de la pénibilité, notamment à travers la catégorie « super-active », une révision de la réforme des retraites et une véritable reconnaissance des maladies professionnelles.
Cette reconnaissance doit également concerner les PATS, agents de l’ombre indispensables au fonctionnement quotidien des SDIS : administration, ressources humaines, logistique, finances, ateliers, systèmes d’information, maintenance, infrastructures, prévention. Sans eux, pas de véhicules entretenus, pas de logistique, pas de matériel opérationnel, pas de secours possibles.
Aujourd’hui, les sapeurs-pompiers sont engagés dans des mouvements de grève tout en assurant la continuité des missions de secours. Brassards et écussons « EN GRÈVE », calicots sur les engins, banderoles aux abords des centres : ils veulent que la population sache que derrière chaque départ en intervention, des femmes et des hommes demandent que leur profession soit enfin considérée à la hauteur de leur engagement.
Et maintenant ? Les pouvoirs publics doivent agir. Quelle sécurité civile l’État veut-il pour la population et pour ses sapeurs-pompiers ? Quels moyens financiers veut-il consacrer ? Quelle place veut-il donner aux PATS ? Quelle reconnaissance veut-il accorder à celles et ceux qui interviennent chaque jour, parfois au péril de leur vie ?
Le financement doit être à la hauteur des risques, les moyens à la hauteur des missions, la reconnaissance à la hauteur de l’engagement. Ce ne sont pas seulement les intérêts professionnels des sapeurs-pompiers et des PATS qui sont en jeu : c’est le modèle français de sécurité civile et la sécurité de tous.






