La dernière année du quinquennat ne peut pas être inutile pour la fonction publique !
Cette tribune de Luc Farré, secrétaire général de l'UNSA Fonction Publique est parue dans "La Tribune" du 13 mai 2026.
La fonction publique regroupe l’ensemble des agents de l’État, des collectivités territoriales et des établissements hospitaliers, soit 5,7 millions d’agents publics. Elle met en œuvre les politiques publiques : élaboration, pilotage et exécution des décisions gouvernementales pour garantir les services publics essentiels (éducation, santé, sécurité, justice, etc.). En tant que pilier de la République, elle garantit l’égalité d’accès des citoyens aux services publics, la neutralité de l’action publique et la protection des droits des français. C’est plus de 76 % des français qui en ont cette perception*.
Les deux quinquennats d’Emmanuel Macron se soldent par un recul de la fonction publique.
Dans un an, le Président sera parvenu au terme de son mandat. La loi de transformation de la fonction publique a affaibli le dialogue social, diminué les mobilités, ouvert la voie au recrutement plus massif de contractuels sans leur donner de réelles perspectives. Dans le même temps, le pouvoir d’achat des agents aura été détérioré par l’instauration d’un jour de carence, la baisse de 10 % des rémunérations pendant les congés de maladie, la suppression de la garantie de pouvoir d’achat (GIPA) et aujourd’hui, la baisse des droits à autorisation d’absence. Le décrochage est réel et marqué entre les salaires du secteur privé et ceux des agents publics. Il s’est fortement accentué selon les études de l’Insee**. Nul doute que les agents ne garderont pas un bon souvenir de son passage.
Deux revalorisations seulement de la valeur du point d’indice ont eu lieu durant cette période : une en juillet 2022 de 3,5 % alors que l’inflation atteignait 6 % cette année-là et la deuxième en 2023 de 1,5 % pour une inflation de 4,9 %. Depuis, l’inflation, bien que ralentie, a poursuivi sa progression pour dépasser les 2 % annuels en ce mois de mai. Les calculs sont simples : la perte par rapport à la hausse du coût de la vie dépasse largement les 10 %...
Dans les prochaines semaines, les plus basses rémunérations des agents publics devront être relevées au niveau du SMIC entraînant mécaniquement un nouveau tassement des grilles de salaire des agents publics ce qui anéantit progressivement toute perspective de carrière. Dans ce contexte, l’attractivité de la Fonction publique est en berne. Pourtant ce cercle vicieux pourrait être endigué si le Président, et son gouvernement, renonçaient à laisser se dégrader les rémunérations et les conditions de travail des agents publics. Une indexation de la valeur du point d’indice sur l’inflation pourrait remédier à ce glissement et redonner confiance et considération aux agents.
Seules trois négociations interministérielles ou sur le champ des trois versants ont abouti depuis 2020 : télétravail, protection sociale complémentaire en santé et en prévoyance. Une quatrième est toujours en cours sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes mais rien n’est sur la table à ce stade et les femmes, majoritaires dans la fonction publique, sont particulièrement affectées par les reculs actés depuis 2017. Les filières féminisées, sous rémunérées, devraient être revalorisées. Enfin, une autre devrait s’ouvrir sur l’IA dans la fonction publique à notre demande. La balle est bien dans le camp du Président. Il peut encore agir pour que ces deux négociations ainsi que le chantier sur les carrières et les rémunérations aboutissent avant la fin 2026.
Le Président de la République et ses gouvernements portent la responsabilité de ces dégradations à l’heure où notre pays doit affronter des défis historiques (transformation climatique, conflits internationaux, mutations économiques majeures). Le besoin accru de protection des populations devrait au contraire se traduire par de nouveaux investissements et la sécurisation des services publics. Souvenons-nous, les Français applaudissaient le personnel hospitalier tous les soirs pendant le covid. Il est encore temps, dans cette dernière année de mandat, de leur montrer un intérêt ainsi qu’à toute la fonction publique par des mesures concrètes. Il est encore temps.
Luc Farré
Secrétaire général de l’UNSA Fonction Publique
*Sondage Odoxa – février 2026
** Insee Première • n° 2043 • Mars 2025






